LA HAUTE ROUTE DES DOLOMITES N° 1
Une randonnée à géométrie variable (1982).

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Les Dolomites sont universellement connues comme paradis des grimpeurs de rochers, et comme haut lieu du tourisme hivernal et estival. Ce qui est moins connu, tout au moins des Français, c'est la possibilité d'y effectuer de grandes randonnées.

Notre amie Anne la Savoyarde nous avait chaudement recommandé la Haute Route N° 1 des Dolomites, en nous indiquant les sources de documentation, et en nous donnant quelques conseils judicieux sur l'itinéraire. Je voudrais par ce document en guise de remerciement, faire connaître ces indications, afin que plus nombreux soient les randonneurs à aller admirer les Dolomites sac au dos.

Description du massif

La branche orientale des Alpes, étirée d'Est en Ouest, se présente sous la forme d'un socle cristallin, pris en sandwich entre deux massifs calcaires, les Alpes calcaires du Nord et les Alpes calcaires du Sud. Le Val Pusteria, situé à cheval sur l'Autriche et l'Italie, sépare le massif cristallin et les Alpes calcaires du Sud, dont font partie les Dolomites.

Au dessus de Vérone et de Venise, le soulèvement Dolomitique avance vers les plaines Vénétiennes un énorme saillant en forme de chateau-fort, délimité au Nord par le Val Pusteria, à l'Ouest par la profonde entaille du cours de l'Adige, et à l'Est par la vallée de la Piave.

Le massif des Dolomites tient son nom du géologue Dauphinois Dolomieu qui, en 1791, mit en évidence la structure chimique de la dolomie. Cette roche provient d'un sédiment calcaire voisin de la surface de la mer, et plongé dans des eaux agitées où le magnésium était abondant. Celui-ci s'est progressivement introduit dans la roche au voisinage des failles, remplaçant partiellement le calcium, et formant ainsi un carbonate double de magnésium et de calcium, la dolomite.

Le dégagement ultérieur, par l'érosion, des masses dolomitiques, moins solubles que le calcaire, conduit à un relief ruiniforme, connu en France dans des sites tels que Montpellier le Vieux ou le col de l'Isoard, mais dont les dimensions atteignent leur paroxysme dans le massif des Dolomites.

Le creusement glaciaire et l'érosion fluviale ont été particulièrement actifs par suite de la basse altitude de la plaine du Pô qui vient buter contre les Dolomites. Les profondes vallées qui en ont résulté ont séparé les épaisses dalles de calcaire et de dolomie en massifs bien distincts, isolés comme des forteresses, avec une crête déchiquetée, ou un sommet tabulaire quelquefois couronné par un petit glacier. (Plus haut sommet, visible de la Haute Route N° 1, la Marmolada, 3342 m).

Point de glaciers par contre sur les flancs, à cause de la raideur absolue de ces immenses falaises de couleur grise, jaune, fauve ou mauve selon l'éclairage. Bordées de pierriers, ces falaises émergent brusquement du piédestal verdoyant des alpages et des forêts.

Pays Germanique dans les vallées qui, au Nord, descendent vers le Val Pusteria, et Italo-Vénétien dans le Sud, le massif des Dolomites possède, au centre, une minorité ethnique vraisemblablement refoulée dans cette forteresse naturelle très tôt après la décadence Romaine, et parlant un language directement dérivé du Latin, la langue Ladine.

Ce massif conserve, en dehors du tourisme, les activités traditionnelles de l'élevage.

Pour parfaire la connaissance du massif, signalons, à Cortina d'Ampezzo, un joli musée montrant une collection d'art et traditions populaires, ainsi qu'une magnifique collection de fossiles des Dolomites.

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La Haute Route N° 1

Les Dolomites possèdent de nombreux sentiers balisés de difficults variables, et de nombreux refuges. En utilisant certains de ces sentiers, sept parcours de grande randonnée ont été créés et décrits, ce sont les Hautes Routes N° 1 à 7.

Seules les Hautes Routes 1 et 2 sont à ma connaissance décrites en français. La Haute Route N° 2 présente un certain nombre de difficultés ( Névés pentus, passages exposés au vide, etc.. ) qui lui font dépasser le niveau de la simple randonnée sur sentier.

Reste, avec la Haute Route N° 1, un parcours documenté en français, bien balisé, et sans difficultés particulières autres que celles habituelles a la moyenne montagne (Avec l'exception que je signalerai plus loin ) .

La Haute Route N° 1 traverse du Nord au Sud les Dolomites Germanique, Ladine et Vénétienne sur 100 km, en partant du Lago di Braïes, près du Val Pusteria et de la frontière Autrichienne, en passant non loin de Cortina d'Ampezzo, et en arrivant a Belluno, sur la rivière Piave, au pied du dernier contrefort qui précède la grande plaine Vénétienne.

La Haute Route N° 1 a la particularité de rester en altitude (1250 m a 27S0 m ), sans jamais descendre dans le fond des vallées, en ne traversant le goudron que quatre fois, tout en permettant, si besoin est, de retrouver la civilisation motorisée a chaque étape par des sentiers latéraux.

Elle se déroule dans les vallées suspendues, les hauts plateaux ou les pierriers situés au pied des murailles rocheuses, traversant quelquefois ces murailles par une brêche, à la limite de deux mondes :

Les randonneurs de la Haute Route constituent une troisième population comprenant certes des Italiens mais surtout des Allemands, en tout cas en Septembre. Pas ou peu de Français, à en juger par notre expérience de Septembre 1982 et par l'examen des registres des refuges (A tel point que notre addition était souvent établie au nom des "Francesi", ce qui était amplement suffisant pour nous identifier !)
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Un parcours à géométrie variable par les "Via Ferrate"

Les Dolomites (ainsi que le massif voisin de la Brenta) ont la particularité d'offrir des itinéraires permettant aux plus expérimentés une incursion dans le monde minéral des grimpeurs, sans difficultés techniques importantes, excepté la fatigue physique et l'exposition au vide : ce sont les "Via Ferrate". On appelle "Via Ferrata" un itinéraire dans la paroi rocheuse, équipé aux passages scabreux d'échelles métalliques, de câbles, de mains courantes scellées à la roche. Il est recommandé de ne s' aventurer sur ces "Via Ferrate" que muni de matériel pour s'assurer, et en la compagnie d'un guide ou d'une personne expérimentée.

La Haute Route N° 1 comporte, dans chaque massif qu'elle traverse, des variantes dites "Pour randonneurs expérimentés" qui utilisent des "Via Ferrate". En général, ces tracés sont toujours doublés d'un tracé normal dit " Pour simples marcheurs", excepté dans le dernier massif, celui de la Schiara, au delà du refuge Bianchet, où la Haute Route emprunte nécessairement une "Via Ferrata" pour sa dernière étape.

Notre arnie Savoyarde, qui connait bien le parcours, déconseille les variantes sportives aux simples marcheurs, ce qui impose de quitter la Haute Route au refuge Bianchet, et de regagner la vallée par une route forestière, d'ailleurs fort belle. C'est ce parcours que nous avons effectué et que nous décrirons comme la version "simples marcheurs" de la Haute Route N° 1.

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Durée

La Haute Route N° 1 dans sa version pour simple marcheurs est décrite pour être effectuée en 12 étapes de 3 à 6 heures de marche effective, plus une 13ème étape de 2 heures pour redescendre dans la vallée.(Dénivelé maximum journalier : 2000 m, montée + descente ) . Si l'on évite les deux crochets que fait la Haute Route pour passer aux refuges Dibona et Venezia De Luca, on raccourcit le trajet de deux étapes, ce que nous avons fait; la durée totale est alors ramenée à 11 jours de marche. De bons marcheurs peuvent réduire ce temps à 7 ou 8 jours.

Cependant, il faut tenir compte du fait que, comme la plupart des Préalpes, les Dolomites sont bien arrosées, et que certains passages peuvent devenir difficiles par mauvais temps. Par ailleurs, le paysage des Dolomites ne devient extraordinaire que lorsqu'il est illuminé par le soleil. Aussi vaut-il mieux prévoir quelques jours de battement. ( Nous mêmes avons attendu 2 jours, à mi-parcours, le retour du beau temps ).

Rappelons qu'il est toujours possible de prévoir une randonnée plus courte, car on peut redescendre dans une vallée à n'importe quelle étape.

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Accès

On peut laisser la voiture à l'une ou l'autre des extrèmités de la Haute Route, à Belluno ou à l'Hôtel au Lago di Braies. La 2ème solution est la plus utilisée. Dans les deux cas, les transports en commun permettent de rejoindre Lago di Braies depuis Belluno en une grande demi-journée en début ou en fin de randonnée.

On peut aussi, comme nous l'avons fait, laisser la voiture à mi-parcours à Cortina d'Ampezzo. Dans ce cas, un autocar partant a 6h 20 de Cortina nous amène à pied d'oeuvre au Lago di Braies a 8h 50 en faisant escale à Dobiacco.

Dobiacco, (ou Toblach), dans le beau Val Pusteria, tout près de la frontière Autrichienne, de langue et d'architecture germanique, est situé à un seuil d'ou les eaux s'écoulent, d'un côté dans la mer Noire par un affluent du Danube, et de l'autre côté dans l' Adriatique par un affluent de l'Adige.

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Description du parcours

La documentation dont je parlerai tout a l'heure décrit en détail le parcours, et je ne donnerai que quelques indications destinées à mettre l'eau à la bouche du randonneur, du moins je l'espère!

Quittant le romantique Lago di Braies, la Haute Route monte sur l'altiplano de Sennes, puis rejoint le royaume des majestueuses Tofane , près de Cortina d'Ampezzo, en passant par la seule difficulté du parcours pour simples marcheurs, la Forcella del Lago : La descente de ce col s'effectue par un couloir d'éboulis très raide, mais sans danger objectif. On peut de toute façon, si on le désire, éviter cet obstacle en contournant la Forcella del Lago par la vallée au prix d'une descente et d'une remontée.

On passe au Nuvolau portant sur ses flancs les Cinque Torri chères aux grimpeurs, puis non loin du massif de la Croda da Lago (Vue sur Cortinad'Ampezzo ).

On longe le majestueux Pelmo, portant un petit glacier, puis l'étonnante falaise de la Civetta, immense buffet d'orgue de 7 km de long et 1300 m de haut dans sa plus grande hauteur. Au pied de cette paroi, le refuge Tissi se trouve dans une situation peu banale: Il est en même temps au sommet d'une montagne, et au pied d'une montagne aussi importante. En effet, ce refuge domine d'un à pic de 1300 m le Val Cordevole et le lago di Alleghe, formé au XVIIIème siècle par l'écroulement d'un pan de montagne dont la cicatrice est encore bien visible. Dans le même temps, le refuge est lui même dominé par la Civetta, cette "paroi des parois", qui se dresse à 1200 m au dessus de ses pierriers.

On continue à suivre le pied de la Civetta qui forme au Sud deux cirques gigantesques bornés par deux hautes tours, la Torre Venezia et la Torre Trieste, où s'affairent les cordées de grimpeurs. Au pied de ces cirques, le refuge Vazzoler, "una specie di piccola Mecca dell'alpinismo", comme le décrit le guide Italien, est un endroit merveilleux avec son jardin botanique et son entourage de murailles virant au rose au coucher du soleil.

On longe ensuite la grandiose paroi verticale des Moiazze, et le massif de San Sebastiano -Tàmer, puis on monte presque au sommet de la cîme de la Citta, avec un passage a quatre pattes (Dernière vue sur le Pelmo). De l'autre côté du col apparait au loin le sauvage massif de la Schiara.

On redescend au refuge Bianchet où les simples marcheurs vont quitter la Haute Route car, par la suite, elle comporte obligatoirement une longue descente exposée au vide sur une "Via Ferrata" dans le massif de la Schiara. Le retour vers Belluno, terminus de la Haute Route, s'effectue en descendant, depuis le refuge Bianchet, la route forestière du beau val Vescovà pour aller prendre à La Muda un autocar qui rejoint Belluno.

A Belluno, a condition d'avoir pris soin de faire tamponner sa feuille de route dans les refuges, le randonneur reçoit un insigne commémoratif de la Haute Route.

Belluno mérite une visite pour sa vieille ville, ses églises et ses palais vénitiens. C'est à Belluno qu'on peut voir un des plus anciens témoignages d'amour de la montagne, le sarcophage du fonctionaire Romain Flavio Ostilio, sur lequel est écrit (en grec!) :

"Rappelle toi toujours les montagnes " .
De Belluno, le train et l'autocar permettent, si besoin est, le retour à Cortina d'Ampezzo ou Lago di Braies.
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Les refuges

Le long de la Haute Route, on trouve une vingtaine de refuges, dont certains sont privés, et les autres appartiennent au CAI ( Club Alpin Italien ) . On trouve dans ces refuges restauration, nourriture pour repas froids, dortoirs et chambres de 4 (Refuges CAI), ou 2 (Refuges privés) . Les refuges du CAI offrent aux membres du CAF les mêmes réductions qu'aux adhérents du CAI.

Avec la carte du CAF, il nous en a coûté pour un peu moins de 25 000 lires par personne et par jour (en 1982) . On peut sérieusement économiser sur cette somme en couchant en dortoir, en emmenant son sac à viande, en couchant de préférence dans les refuges du CAI, et en se basant sa nourriture sur les spaghettis à la Bolognese.

L'architecture des refuges varie au long de la Haute Route. Souvent équipés de gros poëles en faïence dans la zone germanique du Nord, ils comportent en zone ladine un âtre curieux, situé dans une alcôve de la salle principale. Une hotte descend du plafond et est suspendue au dessus d'un foyer surélevé entouré de bancs. Cet agencement pourrait sembler d'inspiration moderne si l'on ne voyait un foyer semblable dans la maison du Titien qu'on visite non loin de là à Pieve di Cadoren.

Autre carrefour d'influence, la nourriture. Sans ouhlier les classiques pâtes, vous aurez l'occasion de déguster dans les refuges :

Vous aurez aussi l'occasion de boire, outre l'excellent vin de table, la grappa (schnaps des Dolomites) et le vino broule (vin chaud a la canelle).

A noter que les langues française et anglaise sont pratiquement inconnues des tenanciers de refuge. Il faut parler aves ses mains, ou solliciter une traduction en italien ou en allemand dans l'assistance.

Chaque fois que les refuges ont le radiotéléphone, ce qui est le cas le plus fréquent, il est prudent de retenir d'un jour sur l'autre, surtout si l'on est en groupe.

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Epoque et équipement

Bien que ce parcours soit praticable dès la fonte des neiges, c'est à dire pas avant fin Juin, on nous a recommandé de l'effectuer en Septembre où on a plus de chance d'avoir du beau temps, et où l'affluence diminue dans les refuges.

La fin Septembre est parait-il particulièrement belle à cause de la couleur de la végétation, mais attention à la fermeture des refuges, fermeture progressive à partir du 20 Septembre.

L'équipement est celui classique de la randonnée en movenne-montagne. Attention! Les orages et tempêtes peuvent considérablement détériorer les conditions de la randonnée (Nous mêmes avons eu de la neige fin Août ).

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Lien sur Documentation

En 2004, on me signale le site Dolomiti-altevie qui est très interessant (possibilité de créer son parcours entre 2 refuges par exemple), même si l'option langue française n'est pas dévelopée!
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Autre Documentation

  1. En écrivant à l'Ente Provinciale per il Turismo, via Psaro 21, 32 100 Belluno, vous pouvez recevoir les quatre documents suivants :
    1. Opuscule décrivant la Haute Route en français, par Piero Rossi. C'est l'équivalent d'un topo-guide, mais sans la reproduction de cartes géographiques. Il décrit non seulement le parcours pour simples marcheurs, mais aussi, quoique sommairement, les variantes sportives qu'on trouve dans les massifs des Tofane, du Nuvolau, du Pelmo, de la Civetta, et de la Schiara, ainsi que les ascensions classiques faisables sur le parcours.
    2. Liste des refuges de la Haute Route, avec nombre de places, période d'ouverture, appartenance (privé ou CAI) et numéro de téléphone
    3. Tarifs pratiqués dans les refuges du CAI.
    4. Horaires des transports en commun sur les trajets La Muda - Belluno - Cortina d'Ampezzo - Lago di Braies.
  2. L'équivalent des documents 1 et 2 ci-dessus est également disponible pour la Haute Route N° 2, plus "technique", qui passe dans le massif de la Marmolada.
  3. Il existe un guide italien détaillé et illustré (intéressant pour les variantes sportives et les ascensions, mais pas nécessaire pour les simples marcheurs) : Alta Via Delle Dolomiti N° 1, Itinerari Alpini N° 3, Tamari Editori in Bologna. Il existe aussi un guide détaillé en allemand, mais je n'en ai pas la référence.
  4. Les cartes que nous avons utilisées sont les feuilles N° 1 et 4 des "cartes des sentiers et refuges des Dolomites", au 1/50 000 ème, éditée chez Tabacco, Via della Rosta 15, Udine, (Italia) . Sur ces cartes apparait le tracé des sentiers et leur numéro qui est également porté sur les balises (rouge-blanc-rouge pour les sentiers qu'emprunte en partie la Haute Route, triangle bleu pour les parties spécifiques à la Haute route.N° 1).
  5. Signalons que nous avons rencontré plusieurs jeunes Allemands effectuant le trajet Munich-Venise à pied, en passant par le Tyrol Autrichien et les Dolomites. Leur bréviaire est : Traumpfad durch die Alpen, écrit par Ludwig Grassler. Voilà une piste possible pour une randonnée au Tyrol. Avis aux amateurs !
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Carte


Bernard Corby

Article paru dans la revue "Randonnée" N° 74, Décembre 1984


Pages personnelles de Jacqueline et Bernard Corby. Randonnées pédestres et à ski de fond. Mis à jour le 27/8/2004